Traduire l'impénétrable. Une conversation avec Julieta Hanono

uneintroduction

deuxCette interview de l'artiste Julieta Hanono a été réalisée à l'occasion de son exposition en 2019 Traduire l'impénétrableau Museo de la Cárcova à Buenos Aires. Julieta est née à Rosario, en Argentine et vit à Paris. Pendant sa jeunesse, elle a été arrêtée et disparue par la dictature militaire argentine. Il a étudié l'art et la philosophie en Argentine puis en France. Son film Le trou se réfère à son expérience en prison. Ces dernières années, son travail s'est concentré sur la traduction.

3eLe Musée Cárcova recueille une collection de traces anciennes et classiques que Hanono est intervenu dans ses installations. D'une part, il a tracé sur le sol du musée, grimpé entre sculptures et piédestaux, un réseau appelé poètes latino-américains, qui utilise des lignes de couleurs violettes, couleur du féminisme historique, et vertes, la campagne pour légaliser l'avortement, orange (qui indique la séparation entre l'église et l'État). Tisser des noms et des lignes a Cosmologie des poètes (2018-2020), un réseau qui s'étend sur l'ensemble de l'espace muséal. La vidéo est présentée dans une autre salle La richesse des nations (2016, collection MALBA), une vidéo à deux canaux. L'un projette le coucher du soleil dans les cascades d'Iguazú, l'autre un fragment de Richesse… par Adam Smith. L'installation propose une réflexion critique sur la pensée de l'économiste et philosophe écossais et son analyse de la constitution de la richesse.

4eTraduire l'impénétrable Il contient les œuvres que l'artiste a réalisées en collaboration avec des membres de la communauté indigène Qom d'El Impenetrable à Chaco, qui vivent à Rouillón à la périphérie de la ville de Rosario en Argentine. Ses interlocuteurs dans cette communauté sont Arsenio, qui produit des figures d'animaux d'argile, et Ruperta, qui a transféré des espèces végétales de Chaco à Rosario. Le grand nombre de petits animaux est lié à l'idée de la diaspora (Animaux / Le troupeau, 2018). Il y a autant de vies que les kilomètres qui séparent Buenos Aires de Resistencia: 935. L'exposition contient l'herbier que Julieta fait de l'impression directe des espèces végétales que Ruperta lui a donné de son jardin. Les impressions sur papier végétal translucide se chevauchent pour créer une texture visuelle délicate (Jardin magique de Ruperta, 2019). Dans une autre pièce, une série de gravures est accrochée en blanc sur blanc (Une hotte de nuage, Depuis 2013) d'un texte dans lequel Julieta résume son expérience entre deux langues, l'espagnol et le français. Elle ajoute une version Qom qu'Arsenio traduit. Elle synthétise ainsi l'expérience diasporique de la communauté de Qom et celle qu'elle condense dans sa vie entre Paris, Buenos Aires et Rosario.

5Andrea Giunta

6Vous avez suivi un cours de gravure, travaillé avec la broderie (presque des points d'amour), puis commencé avec la photographie et la vidéo, et ces dernières années, vous avez élargi vos langues pour inclure la poésie et la traduction. Pouvez-vous nous dire pourquoi ces décisions sont prises, dans quelle mesure les langues sont fluides et coexistantes? Avez-vous trouvé une langue finale ou ce qui vous définit, est-ce une migration constante entre le mot, ses images doubles (traductions) et les mille techniques de capture d'images?

7Julia Hanono

8ePeut-être que ces migrations peuvent également être appelées Changements cutanésComme les serpents, surtout les anacondas du fleuve Paraná que j'aime tant, ils changent de peau et ils sont toujours les mêmes mais différents parce que je change de lieux et de langues comme eux

9Quitter l'Argentine signifiait laisser une langue si proche de mon corps (la langue maternelle de ma mère) que j'étais dans mon affection et je ne pouvais pas dire parce que tout était si compact que je ne pouvais pas me retrouver dans l'espace de la solitude mon être, créant mes propres armes, que nous pouvons appeler une langue, un nouvel alphabet

10eLa rencontre avec une autre langue que j'éprouve comme une révolution, une rotation à 360 degrés dans mon axe, j'ai dû me déconstruire (en termes derridiens), si je pousse plus loin, je donne l'image d'un cosmonaute qui est dans un trou noir pénètre et il sort de l'autre côté, est le même et différent

OnzePour moi, les techniques sont étroitement liées à ce que vous avez à dire. Au service d'un besoin intime, la technique de la gravure, et surtout la tache sèche, porte le geste d'inscription, elle est analogue à l'écriture, c'est une voie. Quand j'ai commencé enfant, quand j'ai commencé à écrire, l'accent était mis sur le pouvoir qui mettre la main sur la chose, sur la plaque d'aluminium ou de cuivre, je me souviens avoir fait des bâtons et …Au début, écrire est mauvais, c'est C'est comme apprendre à jouer de la guitare et vos doigts tiennent fermement le crayon sur le papier.La sensation avec la pointe sèche est similaire et ce n'est pas ennuyeux que ce soit la première technique que j'ai utilisée

12eLa photographie, c'était une nécessité d'entrer en moi, je ne pouvais pas le faire autrement, j'avais besoin d'une image qui me rapprocherait du réel pour sortir de la métaphore, du récit, du geste de ma propre main que j'ai depuis avait déjà fait du dessin ou de la peinture,

13La photographie a été capturée et instantanément (puisque l'appareil photo que j'ai utilisé était un appareil photo numérique qui capture l'image et la lit instantanément sur l'écran), les images ont ensuite été modifiées pour effectuer un zoom arrière et refroidir davantage.

14J'ai pris des photos avec le spéculum inséré dans mon propre sexe, je voulais parler de l'intérieur de mon corps dans lequel se trouvait mon futur fils, et ce spéculum était une loupe et une serrure pour voir et espionner, alors j'ai eu m'a approprié un endroit mystérieux. et en même temps je parlais de la grotte de ma mère et peut-être d'un seul endroit, de la langue maternelle,

quinzeArmé derrière une caméra vidéo (comme le miroir de Perseo), j'ai pu retourner à la Fontaine Rosario, le centre de détention secret où j'ai été détenu de 1977 à 1979. La technologie vidéo pourrait capturer mon corps là-bas, je dirais, pourrait enregistrer le présent, mon agitation, ma peur, ma surprise à mon retour,

16L'expérience du toucher du réel était fondamentale pour tout. Ce n'est pas ennuyeux de filmer dans un endroit où l'heure est fixée. C'est mettre en mouvement ce qui a arrêté mon travail,

17ePuisqu'il était si difficile et presque impossible de le dire en images car il n'y avait pas d'images qui disaient l'indicible, j'ai décidé de nommer toute cette disparition avec de nouveaux mots, les mots de cette autre langue, la langue française, le m'a donné l'occasion de prendre mes distances.

18eJ'ai commencé à écrire, non par traduction, mais par bavardage, comme quelqu'un qui apprend à parler, et dans cet exercice qui finit par osciller (puisque je rêve en français et en espagnol) pour écrire dans cette nouvelle langue, Je suis retourné à l'ancien, mais je me positionne déjà depuis un autre endroit et en même temps je crée un langage intermédiaire qui signifie le mien Pas de place

19eJe ne peux pas dire que ma langue est définitive, mais je dirai que cette vibration entre un endroit et l'autre est définitive. Je l'ai compris de la pratique de l'écriture. Dans cette dialectique, j'ai pu comprendre ma propre façon d'être une personne, comment je devais changer ma peau et ma langue pour sortir de la présence d'un passé proche, une réalité comme ça, à 16 ans l'inhumanité d'un centre secret l'avoir vu, l'avoir touché avec mon propre être et être parti

vingtPour beaucoup – –et je m'enferme– – Cet écart par rapport à la langue maternelle peut être traumatisant. Peut-être parce que je vivais en dehors des États-Unis et que j'étais plus âgé que vous lorsque vous êtes allé en France, ce fut une séparation difficile sans joie. Telle est l'expérience de nombreux émigrants. Cependant, pour vous, c'était un fait créatif qui a tiré le meilleur parti de vous. Peut-être parce que vous vous êtes éloigné de votre langue maternelle pour devenir la langue maternelle de vos enfants? Dans les deux cas, vous avez créé une série d'appareils visuels et acoustiques (le rythme du mot – la poésie prononcée) qui vous ont conduit à ce que vous appelez une révolution. Dans quelles conditions particulières pensez-vous que la nouvelle langue devait être le français? Comment connaissiez-vous la langue? Pensez-vous qu'une autre langue aurait causé la même expérience en vous?

vingt et unJe suis allé et j'ai pensé que je ne le manquerais pas, j'ai cassé mon billet de retour, comme quelqu'un quittant une maison, claquant la porte et jetant la clé. Vous avez raison, l'expérience de sortir d'une langue est douloureuse, elle laisse toujours un grand vide. Ce que vous me dites de vos propres expériences est d'accord avec moi. Je pense que tous les immigrants pleurent la langue maternelle et pas seulement la langue, mais aussi le paysage que nous avons pu nommer depuis l'enfance

22Arriver à Paris n'était pas seulement une évasion de quelque chose, il rencontrerait une culture différente avec ses limites et ses possibilités qui partaient de l'autre côté du miroir. De Paris, je me voyais, pas seulement l'Argentine, je me voyais comme un Sud-Américain, je devais aller au nord pour savoir que je vibrais à un autre point avec une autre vibration énergétique du sud

2. 3Quand je suis parti, j'ai cru (et je dis cela avec l'accent qui peut être mis sur une croyance d'un point de vue surnaturel et salvateur) que les esprits du passé se dissoudraient, et pourtant ils sont revenus avec plus de force, dématérialisés que les ruines, qui est apparu dans un nouveau paysage étrange,

24eMais cet état d'isolement, connaissant un poisson d'une autre eau, m'a fait réaliser que même dans ma langue maternelle ce n'était pas un poisson de l'eau. Je devais comprendre que le caractère unique d'un regard personnel nous condamnait à toujours être étrange

25eParis m'a donné cette évidence cruelle et salvatrice, le premier coup de pied de ma création, cet espace qui s'enflamme qu'on peut appeler la poésie, un lieu d'existence unique, un point de solitude qui nous rend uniques et dans un point intraduisible

26C'est ce langage qui m'a permis de détruire mes mythes personnels, mes compétences de séduction, mes installations et de construire mon appartement au fur et à mesure de mes pas. Je pouvais comprendre que ce que j'appelle art est le résultat du déploiement de mes idées initiales Mes premiers sentiments d'enfant, des plus intimes, déjà hors de propos des grammaires parlées par l'autre à cause d'une langue différente aide à sortir de ce que Lacan appelle parlêtre (parlé par les autres) et l'un, bégayant, apprend à écouter

27Quand j'étais seul en prison, je n'étais pas seul parce que vous n'êtes jamais seul quand vos poursuivants se cachent. Paris m'a forcé à voir, mes yeux ont touché des choses et j'ai pu toucher tout ce que j'avais vu en chiffres, voir le coup de pinceau de Philippe de Champaigne, les draps sur la nappe du dernier dîner, les tons gris rouge du manteau tombé du cardinal Richelieu, J'ai plongé dans les nénuphars de Monet et j'ai vu une ville circulaire sévèrement à la suite du reflet qui m'a étranglé en même temps, mais cette fois, cela m'a forcé à sortir, à voler et à gravir une spirale ascendante

28Lorsqu'un ami gay est arrivé, il m'a emmené à l'hôpital et j'ai passé un test de dépistage du SIDA. J'ai été surpris car c'était gratuit et anonyme. Plus tard, quand j'étais mariée et déjà mère de mon premier enfant, j'ai eu un avortement et je l'ai fait dans un hôpital public. Il n'y a pas de paradis, mais il est vrai que certaines questions qui affectent le féminin que j'ai trouvé ont été résolues.

29J'avais lu à Buenos Aires Le troisième sexe par Simone de Beauvoir, bien que les positions patriarcales soient dans toutes les sociétés et s'exercent derrière des masques différents, ce nouveau contexte m'a donné une certaine confiance et m'a aidé à résoudre des peurs concrètes liées aux moments dramatiques de ma vie, dans mon pays d'origine sont

30Paris, la langue française, m'a donné des ailes, ces ailes, pour pouvoir me survoler, comprendre que mon militantisme de jeune femme est toujours et qu'aujourd'hui elle s'incarne dans d'autres langues, peut inventer des solutions visuelles, poétiques , et je vais ajouter des réflexions sonores sur ce que vous me demandez parce que mon écriture est un double jeu de mots et de sons,

31Aujourd'hui, je rencontre mes projets artistiques avec d'autres personnes appartenant à des disciplines différentes, qui m'enseignent leurs autres langues, créent des projets qui me dépassent et sont finalement des productions de politique économique sentimentale

32Ecrire une nouvelle langue dans la langue de mes enfants, ils seront traversés par les deux, je leur ai chanté entre mes deux langues, le français que je parle est celui d'un étranger, ils seront pesés par mon accent, ce sont des métis, maman Être un moyen de sortir du langage corporel de votre mère pour créer le vôtre

33Revenons à El Pozo. Pourquoi avez-vous décidé de retourner à l'endroit où vous étiez détenu? Est-ce la première fois que vous lui avez rendu visite lorsque vous êtes arrivé avec l'appareil photo?

3. 4Ce n'était pas une décision très réfléchie, c'était de l'ordre de l'intuitif. Je descends à la fontaine. En tant qu'archéologue qui veut trouver des objets puissants qui prouvent son idée des vestiges du passé, ce passé était très vivant en moi, il a résonné avec moi comme je l'ai déjà fait. J'ai dit fantomatique qu'il me poursuivait à Paris, il m'empêchait de rentrer en Argentine, un abîme d'absences,

35J'ai dû pénétrer mon corps à travers les photos de mon sexe et le spéculum sur lequel il espionnait, afin que je puisse plus tard entrer dans ma prison, peut-être parce que je sortais du langage qui me contenait et suivais l'imaginaire Le ventre de la mère, quitte son abri, libère-moi quand j'arrête d'être mon propre corps de bébé pour n'être qu'une fille

36Prendre cette décision, qui, comme je l'ai dit, n'était pas délibéré de sauter dans l'autre sens pour entrer dans la grotte d'El Pozo, car quelqu'un entrant dans la grotte de sa mère était presque comme sortir de nulle part peu importe d'où nous venons

37C'était un voyage initiatique, le toucher de la fontaine a touché le réel, qui est de l'ordre de l'impensable, d'avant, car il est inexprimable, la violence totale de ce que Giorgio Agamben appellerait une situation d'urgenceJ'ai vu ce que je n'aurais jamais pensé voir et j'ai dû en faire quelque chose parce que cela se pressait en moi et m'empêchait de vivre. Je voulais me dire, peut-être pour pouvoir en parler aux autres.

38Il y avait des questions objectives, un changement de gouvernement, une ouverture aux questions des droits de l'homme. Quand j'ai fait une installation là-bas, nous l'avons ouverte aux voisins et c'était avec les associations mère-enfant

39Quand je suis descendu la première fois, je l'ai déjà fait avec l'appareil photo. Je me souviens que la nuit avant j'étais très malade, c'était tellement puissant de revenir et de me connaître de l'autre côté pour chercher cette catastrophe irréparable avec mon propre corps, et l'endroit me semblait plus petit

40Pouvez-vous décrire la séquence du film d'El Pozo et comment elle est organisée?

41En fait, j'ai beaucoup filmé, j'ai parcouru toute la pièce derrière l'œil de la caméra, j'ai choisi certaines séquences qui me semblaient non seulement illustrer le lieu, mais le retirer du récit et faire apparaître la structure

42dans le film Le trouJe construis un autre récit qui déconstruit, je fais de cette pièce une Pas de place la natation, qui est aussi un aquarium,

43La caméra est dans le hall circulaire au deuxième étage, c'était le lieu de l'interrogatoire, la caméra tourne et vous pouvez voir toutes les portes ouvertes, des restes de choses au sol qui pourraient indiquer des matelas jetés, des fenêtres couvertes et un petit bureau (celui avec l'interrogateur),

44La caméra tourne, la séquence est manipulée à une vitesse très lente, la caméra là-bas peut également être lue comme l'œil de la panoptique, cela signifiait quelque chose de différent pour moi, je l'ai mis là et je l'ai filmé dans une perspective que je n'aurais jamais eue Mon état de prisonnier, parce que nous étions dans les chambres, nous ne pouvions pas accéder au couloir. Ce lieu correspond à celui d'une personne libre qui est déjà à l'extérieur ou autrement, celui du tortionnaire, mais jamais du point de vue du prisonnier

Quatre cinqPendant la journée, j'ai filmé la séquence de lumière naturelle Le trouComme une tour qui tourne sur elle-même, dans un temps qui reste dans sa rotation continue, je l'assemble avec une séquence que je retire de l'installation de l'ancien centre secret. C'était un projecteur sur lequel je projetais une image de mon visage. Finalement j'ai décidé de l'enlever et de laisser briller la lumière, la lumière de l'interrogation, la lumière brutale du projecteur qui nous interroge et nous éblouit

46Toutes vos œuvres entretiennent un dialogue intensif avec l'écriture, avec d'autres textes. Vous convertissez l'écriture en image. Ils expliqueront la transition entre le mot et l'image. Et tu écris. Avez-vous toujours écrit ou y a-t-il eu un moment où vous avez commencé?

47Même à un jeune âge, que je n'écris que pour moi, Mama m'a donné un journal intime en cuir rouge et avec un cadenas. C'était mon chéri, ami et confident. J'avais 7 ans, parfois je l'ouvre à nouveau et je trouve des traces de ce que je suis, les basiques que cette femme d'aujourd'hui fait

48L'écriture, si on la voit comme la construction d'une langue dans laquelle je m'inscris dans un style personnel, a commencé à Paris en 2009

49C'était complètement surprenant car j'ai commencé à écrire un texte en français sans penser au voyage de la rencontre avec les autocollants de Tehuacán, au Mexique, sur la Colline Noire.

cinquanteJe l'invite à broder 395 fois à partir d'un modèle, le reste de la robe que j'avais brodée s'inspirant des motifs de sa broderie

51Vous vous référez à cette pièce et en parlez coutures aimantesJe reviendrai à ta belle définition, oui, c'était un geste réparateur qui a demandé aux femmes de m'accompagner en ces jours d'agitation, de m'entourer, de m'embrasser et de broder avec leurs mains, car la 395 broderie, les femmes les 395 derniers jours en captivité

52C'est aussi maman qui cette fois m'a donné un tissu blanc et des fils colorés pour me faire une robe, pour espérer et penser qu'il pourrait y avoir un jour où je pourrais sortir, vêtue de ma robe,

53Mon texte sont des fragments qui sont unis entre les deux langues, l'expérience de la production de 395 se mélangeant à l'autre voyage, dans ma langue maternelle au cœur du passé, ils se chevauchent, se contaminent, changent le temps qui précède Ensuite, tout coexiste dans le présent, alors qu'une langue, le français, l'autre, l'Argentine, dit le contraire

54J'ai écrit 4 pages et suivi 40, j'ai eu l'immense privilège que mon premier lecteur, plus du cercle le plus proche, le poète et penseur martiniquais Edouard Glissant, qui père du concept de créolisation

55Je lui ai montré mon manuscrit avec une telle inquiétude qu'il vivait dans un grand appartement pour handicapés, et au fil du temps il était fatigué mais debout, ce beau géant, noir et massif, et avec le sourire d'un enfant espiègle.

56Il m'a demandé de numéroter les pages et je les ai lues et j'ai ri de mes fautes d'orthographe, des erreurs que je ne me voyais pas et que je ne vois pas non plus, m'a-t-il dit, corrigeant ainsi très bien certaines, en laissant d'autres derrière, et j'ai donc commencé à écrire

57Les mots, plutôt les idées, étaient plus clairs pour moi dans l'autre langue, je pouvais oublier de me souvenir et de me positionner comme quelqu'un qui se regarde et est le narrateur d'une histoire de temps mixtes.

58Votre rapport sur cette situation linguistique interstitielle est très intéressant. Ils disent que traduire est aussi une trahison. Et cela se produit réellement dans vos œuvres, où les mots peuvent aller au-delà de l'écriture, du mélange et du changement de langues corrects. Cette métaphore interstitielle fonctionne-t-elle dans votre processus intermédiaire?

59Oui, c'est juste, il y a une sorte de trahison, mais je demanderais qui trahit la langue? le sujet de la langue? certainement investissement (le mot sort en français) en espagnol serait traduit de être liéParfois, il m'arrive de penser à l'un et à l'autre et peut-être de trahir l'autre, je l'oublie

60D'après mon orthographe, je dirais que je raconte mon passé, et si je veux être plus précis, la façon de comprendre ma langue telle qu'elle m'a été enseignée, cette langue que j'ai apprise à l'école

61Freud définit l'inconscient dans une grande définition, l'appelle le nombril du vortex des rêves, peut-être pour moi la relation que j'ai pour la traduction, une sorte de trahison de la liaison du sang, le lien avec la langue maternelle

62… Et oscillant entre l'un et l'autre, entre deux langues, entre l'extérieur et l'intérieur, je résous, je résous …

63Les Indiens Shuar dans la jungle amazonienne disent que la vie, comme nous le comprenons modernistes et occidentaux, n'est pas une vraie vie. Pour eux, la réalité est quand ils sont sous l'influence de drogues hallucinogènes, des substances fortes qu'ils extraient des plantes et des racines

64Si nous arrivons au point où chaque relation à une autre implique une traduction, parce que le discours que je parle vibre différemment de celui du destinataire, chaque sujet porte son propre langage, le symbole matriciel d'une histoire avant la naissance, et peut-être avons-nous besoin, être réceptif trahit toujours notre première lettre

65Et la poésie, n'est-ce pas une trahison du langage, quelque chose qui apparaît comme un éclair, construit à partir de ce qui a été inventé?

66Comment est le jeu entre les langues?

67C'est peut-être entre des langues comme se balancer dans un hamac, s'équilibrer entre deux et ouvrir le jeu, se pousser les unes les autres avec la pointe des pieds, propre et saccadé, être en l'air, voler, comme quelqu'un qui trouve toujours un nouvel endroit visité, parce qu'il va et vient, quelque chose se passe dans l'ordre de l'insolite

68Un regard plus distant qui nous permet de nommer les choses d'une manière unique avec des mots et ainsi de les faire apparaître au monde est comme une charnière qui maintient la porte qui s'ouvre et se ferme d'un côté à l'autre.

69La charnière est utilisée pour garder les portes ouvertes et fermées. Je vois mon geste inscrit dans l'air. Mon bras tendu illustre le mot. Je m'en vais avec ma main tordue. Non, ce n'est ni une poignée ni ma poupée, c'est un tournevis

70entre deux langues c'est un jeu entre deux hémisphères qui me reconnaît comme un sud-américain, un funambule entre le nord et le sud sans renoncer à mon accent en tant qu'étranger, étant un passager sur la route (comme dirait Charly) et ce trésor de surprise garder qui a la capacité d'apprendre, être Alice et toujours aller de l'autre côté du miroir

71Quelle est la langue d'origine et quelle est la langue acceptée?

72L'original est la langue qui m'a parlé avant ma propre voix, qui m'a bercé dans l'utérus, l'utérus que j'ai d'abord appris à écrire avec des bâtons

73L'adopté est la langue qui me reçoit et que j'ai trouvée. C'est la langue que j'ai dû apprendre en supprimant les habitudes (les tics) que l'autre apportait. Je l'ai appris moi-même des Tantoneos, comme quelqu'un qui joue la queue aveugle et crée les mêmes armes pour la canaliser, pour faire mes papiers, pour être citoyens d'un autre endroit, pour entrer dans une administration différente avec des lois différentes tourner la tête contre d'autres codes

74Je me suis accroché à la nouvelle langue comme quelqu'un qui tient une bouée de sauvetage, j'ai trouvé la langue française, et cela signifiait ouvrir le champ, comme quelqu'un changer d'objectif de caméra et utiliser un objectif différent, je pouvais me distancer suffisamment et, pour redire ma première langue, j'ai pu récupérer l'autre de ma propre originalité subjective

75Vous rêvez dans les deux langues mais voyez toujours la différence entre elles?

76Je rêve dans les deux, c'est quand je me réveille quand je reviens à la surface, une phrase ou un mot qui apparaît

77Maintenant je t'écris en espagnol, je pense à ma première langue et je suis déjà contaminé par l'autre. J'écris en espagnol. Je me sens très bien. Si je le faisais en français ce serait un peu plus compliqué, mais quand je me lis moi-même je trouve ma façon d'écrire, déjà traversée par l'autre langue,

78J'écris différemment parce que je pense différemment, l'intersection entre deux langues me donne un espace d'isolement et peut-être que je m'entendrais facilement en double lettrage c'est une résonance vivante car une autre langue n'est ni un écho ni une ombre, moi parler dans un (mais l'autre m'écoute) est un lieu de société entre deux,

79Homi Bhabha décrit la figure du mimétisme comme une relation entre la langue du conquérant et celle du conquis, le subalterne. D'une certaine manière, c'est une stratégie de survie contre le pouvoir. Trouvez-vous un écho de cette relation dans votre propre expérience en France, un pays qui a mené une guerre sanglante contre l'une de ses colonies, l'Algérie, pour ne citer qu'un seul cas? Comment vous positionnez-vous émotionnellement et esthétiquement dans ce réseau de relations?

80Parler de mimétisme en français reviendrait à obéir aux lois de la lettre, et je vais laisser le geste, certaines fautes d'orthographe et erreurs sémantiques, n'est pas seulement poétique mais aussi politique

81Tout au long du développement de mon travail, à partir de mes textes, qui sont présentés comme des fragments de témoignage, des restes d'images de rêve de nature autoréférentielle parlées à la première personne restent jusqu'à ce qu'ils soient traduits en différentes techniques, différentes langues,

82Comme première indication, je prends le travail avec les autocollants mexicains lorsqu'ils traduisent chaque objet à leur manière à partir de ce modèle

83Je pense au texte Ils, qui a été traduit dans sa langue maternelle par le professeur Arsenio. Il dit qu'il se féminise, devient une femme pour pouvoir s'exprimer et prend la place de ce qu'il dit.

84J'insiste sur le fait que la traduction n'est pas linéaire, chaque texte est équivalent, l'un ne traduit pas l'autre, il n'y a pas de subordination de mon écriture en Argentine à l'écriture en français.

85Les horreurs de la guerre d'Algérie nous touchent particulièrement, nous les Sud-Américains. Aujourd'hui, nous savons que, avec le soutien des États-Unis, les méthodes de torture utilisées par les militaires français dans la guerre contre la libération de l'Algérie ont été importées dans le massacre des opposants à la très célèbre opération Condor

86Le modèle est contrasté dans son propre domaine, la langue du colonisateur est utilisée pour former des interlocuteurs critiques qui contrastent avec la même langue que la dominante, je pense à Franz Fanón et à ses écrits perspicaces

87Être entre le sud et le nord signifie que l'éloignement de ma langue maternelle me dissout et devient un point d'interrogation sur la position colonisatrice et paternaliste qui représente finalement le développement de ma pratique artistique.

88Mon incident s'inscrit dans le concept créole inventé par Édouard Glissant. Il pense que lorsque l'esclave (en termes hégéliens) sort de l'oppression et n'est plus parlé par la voix du commandement du maître, il invente sa langue qui la contient Regardez votre esclavage passé, et cette nouvelle langue est votre libération .

89De cet endroit, femme, immigrée, d'un regard qui va du sud au nord, j'écris en parlant, avec mon accent, je pense à cet accent, je suis mélangé, sale, je parle et je parle, du langage de la désobéissance

90Dans l'exposition au Musée de traçage de Cárcova, vous présentez de nouveaux travaux, des travaux terminés, des travaux en cours. Diese Werke werden als Interventionen in der majestätischen Sammlung von Spuren fungieren, die emblematische Werke aus der Geschichte der westlichen und auch vorspanischen Kunst reproduzieren. Wir waren vor Ort und stellten uns vor, wie Ihre Vorschläge angeordnet werden würden. Wir nehmen die Dialoge und Reibungen vorweg, die entstehen würden, und können diesbezüglich vielleicht als Coda zu diesem Text denken, sobald die Ausstellung montiert ist. Im Moment möchte ich ein wenig über die Arbeiten speziell sprechen. Grundsätzlich trägt die Ausstellung den Titel Übersetze das Undurchdringliche. Wir haben ausführlich die Bedeutung von Sprache und Übersetzung für Sie besprochen sowie die Lücken, die Perforationen der Sprache, die beim Kommen und Gehen von einer Sprache zur anderen auftreten, Symptome, die sich in grammatikalischen Abweichungen manifestieren. in einer gewissen Unrichtigkeit in Bezug auf die Standards einer geschriebenen Sprache, die der Leser als kleine Störungen wahrnimmt, deren Bedeutung er jedoch versteht. In Ihrem Schreiben ist es angenehm, sich in seinem nicht übereinstimmenden, aber verständlichen Ton vorzustellen. Beginnen wir mit dem Titel Übersetzen Sie das Undurchdringliche. Ich habe es gerade im Wörterbuch überprüft und in Wahrheit wird die Region des einheimischen Waldes im Chaco (40.000 km2) als „el“ undurchdringlich bezeichnet. Warum weiblich?

91Seit Jahren betitele ich meine Beispiele mit der Wortübersetzung, die ich am Anfang eines Satzes schreibe. Die Wortübersetzung ist konjugiert und wird zur Handlung. Sie wird in meiner eigenen Sprache gebracht, gezeigt, gesagt und wie gut Sie sie schreiben Eine Art Spiel, bei dem Fehler als Fehlschlag wirken, der das Vorhängeschloss der Zensur durchbricht und eine utopische Möglichkeit schafft

92Ich dachte unter anderem in einer Arbeit von Jesús Rafael Soto, Penetrables (vertikale Linien, die in einer bestimmten Höhe gespannt sind und eine kubische oder rechteckige Oberfläche bilden, zu der die Öffentlichkeit eingeladen ist), Menschen betreten diesen Dschungel von Linien, aber sie sind Linien Geraden, in denen sich niemand verheddern kann

93Die Qom-Gemeinschaft kommt von einem anderen Ort, einem dichten Wald, einem Dschungel, in den man kaum eintreten kann, wenn man nicht dort geboren ist. Deshalb wird sie als undurchdringlich bezeichnet.

94Das Land, das ein Mutterleib ist, das die Pacha-Mutter (der sowohl Ruperta als auch Arsenio Tribut zollen) feminisiert, indem sie es nach einem weiblichen Artikel benennt, besteht darin, diesen Raum der Macht zu laden, der weibliche singuläre Artikel – der Vorwärts, konvertiert ihn, kehrt zurück sei dieser Ort, undurchdringlich, Raum des Schutzes, des Schutzes

95-das- Update ist eine politische und feministische Position, Übersetzen das Undurchdringliche ist es, es zu seinen ersten Eigenschaften zurückzubringen, es abzudrahten und es frei zu lassen

96die undurchdringliche unübersetzbare wilde Vitalität zu übersetzen bedeutet, den Dschungel, das Weibliche, das Subversive, die Schamanen, die Hexen, die Schlangen, die ihre Haut wie Kleidung verändern, die ungeschriebene, nomadische Sprache, die entkommt, zu übersetzen, klettert unbezwingbar wie eine Rebe

97si lo femenino es misterio, lo misterioso no es penetrable, al misterio se nos inicia, para comprenderlo es necesario bajar las armas, llegar desnuda, despojándose de lo que uno antes conocía, y dejarse tomar por el laberinto mágico, no tenerle temor al canto de sirenas de las lenguas salvajes, ser hablada dejarse hablar por las aguas movedizas de las voces de las lenguas, mucho antes de nosotros

98Ví fotografías extraordinariamente bellas de la instalación de pequeños animalitos que conforman como una constelación animal. Son como estrellas o como luciérnagas que crean una textura cálida sobre el blanco prístino en el que casi flotan o titilan. Contanos sobre el orígen de este trabajo colaborativo con los qom, sobre las distancias y sobre qué significa exponerlas juntas, como en manada.

99es tan bello lo que decís acerca de las figuritas de los animalitos cuando las nombras estrellas, y luciérnagas, los también llamados bichitos de luz se prenden y se apagan, llevan luz en ellas mismas, flotan, son pequeñas, y esa luz itinerante que emanan, podríamos decir, dice un abecedario como en un balbuceo

100los bichitos me encontraron junto con los qom, cuando comencé a pensar la exposición para el Museo de la Memoria de Rosario, curada por María Elena Lucero, el hilo conductor de la muestra fue la traducción de uno de mis textos, Ils,

101quien traduce es el maestro Arsenio Borges, gran artesano, el aprendió mirando a su abuelo que le enseñó a sentir bajo sus dedos la arcilla

102traduciendo, se identifica con la mujer que cuenta la historia de su partida a otro país, Arsenio lloraba al hacer suyo el texto Ils, que relata el viaje desde Argentina a París y las dificultadas de encontrarse en otro lugar, otra lengua,

103el traductor, se traduce a sí mismo y se encuentra con su propio éxodo desde Resistencia, Chaco en el impenetrable hasta el barrio Rouillon, en la periferia de Rosario

104me cuenta los kilómetros que hace a pie, para llegar a instalarse en los bordes de la ciudad, empujado por la tierra que se secaba, la falta de comida, cuando me habla, comprendo que falta otra traducción, más cercana, que exceda la lengua escrita

105traduzco a la artesanía, registro de la historia cotidiana escrita en letras minúsculas, la que se escribe en la vida corriente, tizándose entre los vestidos, los utensilios, la cocina, los juguetes, lengua de oralidad, como la lengua originaria qom,

106los 709 son los 709 km que Arsenio camina para llegar a Rosario, cada bichito 1 km, modelados en arcilla cocida sin pintura,

107el Centro el Obrador, en barrio Rouillon, donde vive parte de la comunidad, es el espacio que alberga este trabajo, su coordinadora, Mariela Mangiaterra, oficia de nexo entre mi proposición y el grupo, se discute en asamblea, el por qué los 709 animalitos, la gente emocionada, el precio lo determinan los artesanos, la inflación avanza, y en la paga final se tiene en cuenta, un vínculo de confianza se establece, la obra es todo el proceso de producción que la constituye

108para la muestra Traducir la impenetrable, se producen 935 bichitos que corresponden a los Km entre Resistencia, Chaco y Buenos Aires,

109relucen contra el blanco del plano, se expanden en la superficie, letras, o signos, abecedario de barro que agrupados son un discurso, portador de energía animada, luz propia, rítmica de luciérnagas, balbuceo de una nueva lengua que se inventa, porque la luz pequeña de cada una, en la suma, es una geografía abierta, el de la lengua antigua de la tierra libre que se desplaza

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Julieta Hanono, Animalitos / La manada, 2018

110Me deleita observar esos pequeños animalitos. Me proporcionan dos placeres para la mirada. Por un lado, la sensación de manada, todos juntos son como una grisalla. Por otro, el detenerse en cada uno, observar sus diferencias, tratar de adivinar o encontrar qué animal representan. Uno puede estar largo tiempo observándolos. Me parece interesante que su número sirva para medir la distancia. Y me pregunto, en estos momentos del debate sobre lo poshumano, sobre un feminismo que introduce las cuestiones relativas al antropoceno, la era en la que el hombre decide las transformaciones, incluso la destrucción del planeta, ¿qué sentidos adicionales tiene esa acumulación de vida animal? Pienso en la igualación o incluso en el desplazamiento de lo humano como parámetro de medida o como agente que establece las distancias a través de sus dispositivos métricos. Aquí se trata de una medida animal. ¿Pensaste sobre estas posibilidades interpretativas y sobre sus conexiones con un feminismo actual, que no solo implica denunciar la violencia hacia las mujeres, sino también la destrucción a la que parece irrevocablemente estar destinado el mundo en el momento actual del capitalismo global? Lo femenino como lo resistente al expolio de los recursos naturales del planeta (exacerbado por el autoritarismo de nuevos líderes como Trump o Bolsonaro), lo animal como parámetro afectivo que desjerarquiza la centralidad de lo humano. ¿Qué piensas sobre estas relaciones que pueden no ajustarse al lugar desde el que pensaste esa pequeña jungla de barro?

111tus cuestiones abren, a medida que te respondo el hilo mismo de mi trabajo se va desplegando

112el bosque, la selva de barro es una invocación, ningún animalito es fruto de la invención, cada pequeña figura carga con el peso del ansia de hacerla volver, Arsenio y su compañera Clorinda, artesana también, uno al lado del otro, van corrigiéndose las esculturas, ellos insisten en que los animalitos modelados, están en vías de extinción, cada uno conlleva la carga, es vestigio de lo que se está yendo, y del mismo modo sus preciosos animalitos ofician de testigos, testimoniando otro tiempo, el de sus primeras vidas en juventud, exodadas desde la abundancia de la selva a la precariedad de la villa miseria,

113este territorio en movimiento, desde un punto de vista, representa y denuncia, lo que se está destruyendo, pero desde otro punto, puede ser interpretado como aparición de una memoria, supera la idea del vestigio, deviene una invocación,

114los animalitos en grupo son un discurso desde otra mirada del mundo, no transformado por la mano invisible (Adams Smith) del capitalismo mercantilista y global, un discurso de horizontalidad donde todas las categorías de vitalidad van confundidas, desde lo vegetal lo animal lo humano, se mezclan y se nivelan

115en la cosmología qom la noción entre animal y persona humana es desjerarquizada, el mito de la creación del pueblo qom esta trazado por esa doble pertenencia,

116Cuando Kharta creó el mundo no existían el frío, la enfermedad, la muerte ni el hambre. Sólo creó hombres, como eran inmortales no tenían necesidad de tener hijos. Estos hombres eran mitad seres humanos y mitad animales. Tenían plumas y pieles en su cuerpo y garras en los pies y las manos, algunos podían volar. Estos vivían felices cazando, pescando y recolectando, el mundo estaba creado para ellos y formaban una unidad entre hombres y naturaleza…

117las únicas enteras, son las mujeres, mujeres estrellas (mira que lindo en relación, a lo que estamos hablando, cuando comparás los bichitos a estrellitas)

118…En esa época, de tiempo en tiempo, las estrellas bajaban del cielo por medio de cuerdas de chaguar para robar la comida de los hombres. Estas estrellas eran blancas, brillantes y tenían forma de mujeres. Elé las vio descender por las cuerdas y como eran muy lindas quiso tomar a una de ellas, pero estas mujeres tenían mucho poder y el hombre loro sufrió heridas en su boca, así perdió parte de su facultad de hablar. Mientras estaba dolorido en el suelo observó que las mujeres tragaban el alimento por arriba y por debajo, ya que también tenían dientes en la vagina…

119aquello que encarna lo femenino es poderoso

120…Chiquii llamó a una reunión, deliberaron largamente y decidieron que el hombre mosca volaría mas allá del mar para traer una solución. Cuando el hombre volvió trajo consigo el conocimiento del fuego, hasta ese momento los hombres comían el alimento crudo. Trajo también el viento, el frío, la enfermedad y la muerte.

121lo femenino produce estupor, debe ser domado, los dientes de las vaginas rotos, el encuentro con el otro se asevera el fin de la eternidad y el comienzo de la vida humana,

122…Los hombres se pusieron a cantar el día, llegó un fuerte viento mucho frío. Las mujeres que estaban desnudas se pusieron a temblar y se arrimaron al fuego. Los hombres entonces tiraron al fuego una piedra mágica que explotó y entrando en todas las mujeres les rompió los dientes de abajo. De esa manera los hombres animales se unieron con las mujeres estrellas y sus hijos son el actual pueblo Toba.

123aquí lo femenino es entero, son casi-divinas, enfrentan a los hombre-animales, da a pensar esta diferencia, con la concepción judeocristiana occidental donde la mujer es creada a partir de una parte del hombre, en términos lacanianos, si el concepto de falo es una ilusión y que este se comparte, se podría decir que ellas, desde sus orígenes, comparten el mismo atributo y los hombres, para encontrarlas, deben perder su parte animal, que puede leerse como la renuncia a cierta manera de virilidad,

124antes de la colonización, los qom se organizaban a través del concejo de ancianas y de ancianos, viviendo en equidad de géneros, después de la evangelización, los curas y pastores, representantes de la religión monoteísta, se erigen en dirigentes de la comunidad, conllevando un modelo masculino y paternalista, intentando demoler este sistema ancestral

125Ruperta, representante qom, se define como guerrera, las guerreras legendarias eran las amazonas, palabra que viene del griego antiguo ἀμαζών, sin pechos, la historia entre veraz e imaginaria cuenta que se cortaban el pecho derecho para sostener el arco,

126Ruperta me dice que no le gustan los pastores (evangelistas) que les ponen una pollera larga a las mujeres y les impiden hablar

127ya durante el descubrimiento de las Américas, Colon habla de una isla donde viven mujeres que podemos asemejarlas a ellas, el cura Gaspar de Carvajal cronista de la expedición del conquistador español Francisco de Orellana en el 1542, escribe como guerreras mujeres les disparaban desde el otro lado de la orilla, dardos de cerbatanas y flechas, consecuencia del impacto de su relato, el rio será rebautizado Amazonas o río de las Amazonas, aquí parte de su relato

128…Han de saber que ellos son sujetos y tributarios de las Amazonas, y sabida nuestra venida, les van a pedir socorro y vinieron hasta diez o doce, que estas vimos nosotros, que andaban peleando delante de todos los indios como capitanas y peleaban ellas tan animosamente que los indios no osaban volver las espaldas…

129Bolsonaro intenta olvidar que existen las amazonas, cuando expolia lo que considera suyo, el Amazonas, y me pregunto si en la mente de los hombres autoritaritos, sigue intacto el deseo de doblegarlas,

130los animalitos en manada, territorio de pura vida sensible y gratuita, donde todo se confunde y se nivela, latiendo, diferente y al unísono, van construyendo un dique imaginario a las políticas invasoras que destruyen el planeta, luciérnagas, mujeres estrellas, amazonas, chamanas, discurso visual escrito en letras de barro, feminista, presente

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Julieta Hanono, Cosmología de las poetas, 2018 al presente

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Julieta Hanono, Cosmología de las poetas, 2018 al presente

131El feminismo aparece en la exposición como archivo desplegado en el piso, cuando trazas un mapa de las poetas, una cosmología la llamás, que produce la interacción de los nombres. Y todo esto vas a hacerlo en colores significativos para la lucha feminista que en los últimos años ocupó las calles: el violeta tradicionalmente vinculado con los feminismos; el verde, color que se vincula a la campaña para legalizar la interrupción voluntaria del embarazo; el naranja, que representa la separación de la Iglesia y el Estado, el freno a que la Iglesia continúe ejerciendo un poder sobre la sociedad civil para que el dogma que regula la vida de los creyentes se aplique a toda la sociedad. En la aplicación del dogma se deja de lado el hecho de que los abortos clandestinos, que suceden a pesar de la ley y de la Iglesia en todas las clases sociales, afectan especialmente a las mujeres pobres, ya que los aborto baratos se realizan sin condiciones seguras para sus vidas. ¿Por qué, entonces, anudar estos colores con la poesía? ¿es una relación pensada entre la política y la poética? ¿Por qué elegís a las mujeres que nombrás?

132cuando atravesaban el mapa del mundo, las constelaciones guiaban a los antiguos para orientarse en la oscuridad de la noche, mis poetas, son una cosmología de conciencia que late e ilumina, tramado desde el suelo del Museo entre los calcos de esculturas (representantes de una mirada solo masculina) la cosmología de sus nombres entrelazados sube y desborda, interpelando años de historia, es la impenetrable trepando libremente, la subversión de la lengua resplandece

133las nombro poetas, podría llamarlas luciérnagas, estrellas, sirenas, chamanas o hechiceras, con sus palabras invocando espíritus y fuerzas, irradiando luz de preguntas, abriendo el juego de la lengua, de-construyendo la manera en que la historia masculina ha concebido la escritura, rindiéndola intraducible, misteriosa, por eso anudar poesía y política es imprescindible,

134citaré solo algunas, desplegando las intenciones de este mapa cosmológico, la más remota es Sor Juana Inés de la Cruz, expresión de la independencia al decidir su propia vida entrando al convento para hacer posible su deseo de ser una mujer que escribe, o Alfonsina Storni, que desde su poesía saca a la superficie el machismo de su época y transgrede las normas sociales en su existencia personal, Violeta Parra nómade, que va recopilando las coplas antiguas de su tierra, escuchando la voz mas frágil, la de los pobres, Susana Thénon en su doble pertenencia a la lengua, traduciendo al francés avanzando el feminismo, junto a Alejandra Pizarnik escribiendo su amor femenino a las mujeres entre Buenos Aires y París,

135si las mas desamparadas, las mas pobres, sufren duramente la injusticia de un aborto clandestino, unir las poetas con los colores emblemáticos del feminismo, reactualiza lo vertiginoso de sus textos, le confiere un real, la poesía deja de estar en el limbo de lo poetizante, no es metáfora, es concreta, despoetizar la poesía es hacerla, como dice el poeta Gabriel Celaya, un arma cargada de futuro

136en la invención de la poesía, subversión de la lengua, no solo lo escrito dice, es el cuerpo que habla, elijo estas poetas, un puñado de mujeres que escriben desde el cuerpo, construidas por esta relación entre escritura y vida, traductoras e interpretes de las vivencias de otras mujeres

137los lazos en colores que las unen inventan un tejido haciendo aparecer esta relación secreta e invisible, la historia se rescribe, la personal, la de cada voz de la poesía de cada poeta, y la de todas, unidas en la sororidad de sus intenciones, y en un mundo hostil que no quiere escuchar, ellas abren otra historia de luchas que nos envuelve desde el suelo al cielo, la voz de la potencia femenina, en un coro de pensamiento escrito se levanta

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Julieta Hanono, El jardín mágico de Ruperta, 2019

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El jardín mágico de Ruperta suena tan bello. Sé que te basas en el traslado de especies vegetales, plantas, flores, que Ruperta realizó desde el Impenetrable, donde vivía, hacia Rosario, donde fue trasladada. Existe una poesía conmovedora en esa travesía que vuelve dulce su extranjería, la situación diaspórica en la que se encuentra. Ese jardín es como una manta cálida en la que ella comprime el entorno de la selva en su jardín, casi un memorial de la naturaleza, un memorial afectivo que la acompaña y que cada día le recuerda de dónde viene. También aquí podemos pensar en lo poshumano. Vi las fotos que tomaste en el jardín de Ruperta e imagino cómo se verá ese herbario impreso en litografía en un papel translúcido. Conversamos sobre poner estas hojas en vitrinas iluminadas desde abajo en la sala en la que se encuentran los calcos prehispánicos. Separados como para poder caminar entre ellos. Contanos un poco sobre esta obra y qué representa en el conjunto que vas a disponer en las salas.

140Ruperta dice vivo en Miraflores, lo dice desde su jardín, en el barrio Rouillon, en la periferia de Rosario, rodeada por sus plantas que trajo de su selva, ella es y está en los dos lugares y ese jardín significa su doble pertenencia,

141Ruperta lleva con ella la mano verde, hace huertas en la comunidad, cuando me invita a su jardín me las enseña, hay también macetas colgadas en las ramas de su árbol donde vienen a cantar los pájaros y su amiga Roberta dice que llora a la mañana, cuando los escucha

142ella escucha la selva y la selva es ella, y el herbario es una manera de decir que todo en la vida sensible se confunde, todo es animado y su árbol es mágico como todo lo que la rodea

143pero ella también es chamana, y el titulo jardín mágico no es anodino, es un canto de cada voz de los espíritus que animan cada planta y cada una es la memoria de la historia de su lengua, su gesto al traerlas, para rodearse de ellas, anula la distancia, y esa memoria se vuelve viviente

144hubiera podido cortar las plantas, secarlas y producir un herbario en un sentido clásico, pero calcar es también otra manera de traducir, crear otro nivel de lenguaje, una técnica que me acerque a mis primeros trabajos, a la técnica del grabado

145yo quería un papel que me encuentre con lo mas vegetal posible, fibra de la naturaleza, elegí finas planchas translúcidas de papeles japoneses, finos como las hojas de las plantas,

146las cajas vitrinas que las albergan construyen una arquitectura del registro de lo vegetal, contenido en bloques luminosos, nos abren la retina a la delicadeza del detalle, en las nervaduras, mínimo, frágil, resistente, palpita la estructura misma de lo vegetal,

147su jardín se compone de plantas para curar y proteger, como el Mapic que ahora es un árbol y sus chauchas poseen grandes propiedades nutrientes, o la Adelia que se coloca en las entradas de la casa para dar una buena bienvenida a los invitados

148el jardín mágico es más que un pedazo de selva que va desde Miraflores a la periferia de Rosario, es un testigo tangible de su doble corazón, que tiene un pie en cada lado,

149y ese jardín, es tele-portado al Museo desde otras maneras, es deconstruido desde la transformación de la materia planta en calco de papel, y reconstituido para elaborar el herbario en cajas,

150palpitando de espíritus animados, el herbario pinta el autorretrato de Ruperta: sus plantas elegidas albergan los secretos de su magia

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Julieta Hanono, El jardín mágico de Ruperta, 2018

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Creo que también donde están los calcos prehispánicos vas a disponer la serie Una capucha de nubes, con afiches impresos en blanco sobre blanco. Viene a mi mente inevitablemente el eco de Malevich o de la argentina Lea Lublin, que, como vos, vivía en Paris, Ambos hicieron obras en ‘blanco sobre blanco”. ¿Por qué esta impresión? ¿qué rol juega aquí la lengua? ¿qué palabras imprimís?

152…cuando llegué a Paris, era la bruma, ellos quisieron mostrarme la ciudad, y me llevaron a Pigalle… cuando recién llegué, estaba envuelta entre los fantasmas del antes, como quien está ante un precipicio frente al mar y si se lanza podrá volar o caer, así me sentía cuando me topé con esas obras de Lea Lublin, imágenes blancas contra blanco, formas, sanadoras en ese momento de desasosiego,

153estaba frente a ellas y me fascinaron, eran un espejo, me encontré con lo que me sucedía, mi ser que se reflejaba, empezar de 0, ser una página que parece en blanco pero ya está escrita, en pintura invisible, Lea me pedía que mirara, que entrara con mis ojos para hacer aparecer ese discurso secreto

154cuando el Macbal, Museo de Seine Marne, me propone hacer una estampa para el día de la mujer, pensé en una frase que englobara un idea de feminismo muy abarcadora, y encontré este fragmento de la introducción del capital tomo 1 de Karl Marx,

155Perseo para perseguir los monstruos necesitó una capucha de nubes nosotros a esta capucha, la hemos bajado sobre nuestros ojos y nuestros oídos para hacer como si los monstruos no existen más

156el texto es enigmático, lo podemos leer desde la pura reivindicación política pero también desde un punto de vista feminista, los monstruos siguen estando cuando se meten presas a las mujeres por abortar,

157la misma articulación del discurso de la frase me llevó a pensarla en blanco, como devenir nosotros mismos invisibles para vencer a los monstruos, como yo podía devenir visible desde mi invisibilidad, para que el espectador se reapropiara de mi cuerpo?, un artista da a comer su cuerpo al otro, haciendo aparecer su discurso, pero también su corporalidad,

158por eso, son afiches y del mismo modo anti-afiches, no muestran directamente, su intención no es la de comunicar (si pensamos lo que enuncia Foucault, con relación a la comunicación como instrumento de palabras de poder) el blanco sobre blanco, hace necesario un esfuerzo para hacer aparecer el discurso, este mismo no esta dado, es una pregunta, se establece una relación de deseo, el que quiere leerlo se implica en el mismo enunciado del texto que está leyendo

159lo hice en francés, pero una capucha de nubes va traducido en todas las lenguas en las que se desplaza, manera de apropiárselo, desde cada lengua, en cada nuevo lugar, la técnica para realizar el afiche resulta diferente, significando que otra lengua es otra traducción, otra técnica,

160¡Boguen! El abismo libre, blanco, ¡el infinito frente de ustedes!

161Kasimir Malevich, Del cubismo y el futurismo al suprematismo. El nuevo realismo pictórico, 1916.

162el cuerpo, frente a lo que no se ve, la mirada al coincidir con la luz hace ver lo que no se veía, y así se puede descifrar el discurso secreto, y a la medida en que este va apareciendo, entendemos que la palabra es acción, verbo, que ese texto escrito, se va escribiendo en nuestro cuerpo

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Julieta Hanono, Una capucha de nubes, 2013- al presente

163Hablemos del film-texto La riqueza de las naciones, que también se incluye en la exposición en la Cárcova. Retomás aquí el texto de Adam Smith, del mismo título, de 1776. Entiendo que lo tomás como un punto de partida posible del orden económico global, de la mano del mercantilismo inglés y de la idea de un orden económico articulado por la noción de Commonwealth, de bien común, nueva retórica de un colonialismo comercial que trazaba mapas que se sobre imprimían sobre el orden colonial fundado en los sistemas administrativos y de control que regulaban, por ejemplo, el comercio entre las colonias y la corona española. 1776 es, si recuerdo bien, el año en el que se establecen las reformas borbónicas, con Carlos III, que establecen nuevos virreinatos y un sistema de comunicación un poco más abierto que aquél que regulaba el reconocimiento de solo dos puertos legales, Veracruz y el Callao. Todo indica que en este momento se estaban cambiando las reglas del juego que regía la noción de ‘mundo’. Elegís para este film el capítulo “Las colonias” que transcurre como los créditos en el cine, de abajo hacia arriba. Y acompañás el texto con el film de un atardecer en las cataratas del Iguazú. El sol es chupado por el horizonte de arriba hacia abajo. ¿por qué estableciste esta relación precisa entre imagen y texto? ¿Cuál es el sentido político que este tiempo demorado en el que transcurren imagen y texto quiere activar?

164me estaba separando de mi marido, viajé con mi hijo menor, la habitación daba directo a las cascadas, un hotel colonial dentro del parque de las cataratas del Iguazú

165bajé con la cámara, estaba frente a las cataratas, el parque cerrando, ya no quedaba casi nadie, los colectivos con los turistas partían, y me quedé sola frente al sol que caía, envuelta entre la luz y el sonido, era tan intenso que coloqué la cámara en el reborde bien frontal para captar lo que estaba sintiendo, y la dejé correr y me quedé al lado de ella mirando como el sol bajaba entre las nubes de vapor el agua y los arcoíris, el canto de los pájaros los ruidos de los animales los zumbidos de los insectos, el olor de las plantas toda esa vitalidad encendida

166gravé adentro mío la sucesión de ese tiempo como un tiempo de cambio en el interior de mi misma, mi cuerpo era el sur, el tiempo del sol cayendo me daba a pensar en todo ese viaje entre Argentina y París

167cuando volví, dejé el film y tiempo más tarde (casi dos años) visualizando las imágenes, entendí el contenido político de lo que había filmado, el texto de Adam Smith me apareció, desde su titulo, La riqueza de las naciones, despliegue histórico de la construcción norte sur, el capítulo de las colonias fue una evidencia pues corresponde a la situación histórica que hoy se reactualiza, las cataratas significaban lo exótico de un paraíso primero a conquistar, pero también lo escondido, esa triple frontera de contrabando, entre Brasil, Argentina y Paraguay, cuerpo de la tierra divido por las fronteras que trazan los estados

168los dos films, uno al lado del otro, hacen emergen otra pregunta, el capitulo 8 las colonias, del libro 4 de Las Riquezas de las Naciones, es un genérico de film pero va a la inversa, sube, dirigido al norte, texto que da a leer la justificación de acciones que destruyen a la impenetrable de la selva, y las cataratas salvajes van bajando, envueltas en el ruido y canto, coro de voces de sirenas de amazonas, interpelan al texto del colonizador

169En un breve esbozo biográfico señalás que tu obra se inscribe en un work in progress, y usas un concepto muy evocativo para denominar este trabajo que va sucediendo sin establecer nunca un fin. Lo denominás traducción afectiva, vinculado a la comprensión del artista como intérprete traductor. Me interesa ese concepto. Pienso, por ejemplo, en el de arquitectura emocional, que propuso Mathias Goeritz. Él colocaba a la arquitectura en el lugar de una experiencia transformadora. En lugar de trabajar con planos trabajaba como un escultor, dando una forma particular a cada muro. Pienso que puede establecerse cierto paralelo, aunque la materia escultórica y la palabra activan los afectos de formas muy diferentes. Me dirás…

170lo que dices me resuena totalmente, mi producción tanto en la escritura como en lo visual se acerca más a lo concreto, que, a la metáfora, es construcción de un lenguaje en movimiento, alfabeto nuevo, herramienta para deconstruir el muro de lo real,

171cuando hablo del artista como un intérprete traductor, yo diría que este, traduce lo intraducible, ese punto sin retorno, punto de resistencia a lo real,

172si hablo de la traducción afectiva, es porque ya traducir significa integrar algo de sí mismo en ese punto de vista desde el que se traduce, siendo el interprete de la singularidad de lo intraducible del sí mismo, es una idea que parte de mi interrelación con las lenguas, la materna y la francesa

173mi materia para producir es la misma materialidad de mi cuerpo, en cierto modo esto se acerca a lo que avanzas cuando hablas de materia escultórica, pues es particular y única, territorio, tangible e intangible, espacio de abertura despliegue, yo me considero una escultora de lenguajes visuales y sonoros

174una traducción es afectiva cuando va más cerca y más lejos, cuando cambia la escala y produce la propia, que es la única medida, la de si mismo,

175ir tanteando mas allá del pensamiento del sentimiento del saber, es ir mas allá, y mas aquí, habitada por tantas lenguas antes y después de nacer, atravesada por una historia personal y múltiple, ser un prisma de facetas tantas, trompo que gira gira gira

176Durante esta conversación que hemos mantenido durante más de un mes, fui recibiendo tus respuestas y enviando nuevas preguntas. Me contuve ante el impulso natural que tengo como escritora en castellano y como editora, de corregir o editar tus respuestas. Comenzás todas las oraciones en minúscula, faltan comas, acentos, puntos. Existen desacuerdos gramaticales. Se percibe con toda claridad que esos descalces tienen un sentido poético. Hoy vamos a conversar sobre si haré o no una edición de los textos. Imagino que no. Conversemos, entonces, como final de esta entrevista, sobre el significado que otorgas a esos continuos deslizamientos entre palabras escritas.

177con respecto a la corrección de ciertos errores (faltas de acentos, comas) generalmente, estoy de acuerdo, pero cuando se refiere a la construcción de la frase misma, soy un tanto reticente, pues esto que podría leerse como un error o una confusión, es, en realidad, el reflejo voluntario de una manera de nombrar un lugar, mi lenguaje

178sacar las letras mayúsculas del comienzo de cada fragmento, es un modo de señalar que lo que escribo es parte de un infinito, uno mas uno mas uno etc., nada tiene la jerarquía para ser primero, pues tanto mis textos como mis trabajos en el orden de la plástica, yo los considero fragmentos, y los fragmentos son todos pedazos de algo, no tienen ni principio ni fin, son parte del despliegue de lo mismo

179dejo espacios y utilizo las comas, para significar con estos espacios, el vacío, que puede sentirse como una respiración, una pausa,

180compongo desde un punto de vista espacial, como si estuviera esculpiendo, tanto mis textos como mis piezas de carácter visual, pueden leerse como partituras de música, o esculturas, a través de las cuales, traduzco e interpreto este gran rompecabezas en el que estoy inmersa desde antes de nacer, y si escribo en primera persona es porque voy afirmando, que doy testimonio.